Trois approches de la dé-extinction. (a) En rétrocroisement, les individus sont sélectionnés pour la reproduction sur la base du phénotype voulu. Après de nombreuses générations, le phénotype est ressuscité. (b) En clonage, on récupère le noyau d'une cellule somatique cultivée in vitro, qu'on injecte ensuite dans une cellule oeuf énuclée d'une espèce proche. L'embryon ainsi formé est implanté dans une mère porteuse, qui donnera naissance à une copie génétique de la cellule somatique. (c) En ingénierie génétique, on assemble le génome d'une espèce éteinte, qu'on utilisera pour identifier les différences de séquences avec une espèce proche. On édite alors la séquence de cellules somatiques de cette espèce vivante pour qu'elle se rapproche de l'espèce disparue, puis on récupère le noyau et on procède de la même façon que pour le clonage.
Shapiro, 2016

Résumé de la review

Les controverses actuelles autour du sujet de la dé-extinction se concentrent en majorité sur les aspects éthiques, politiques et écologiques de cette controverse. Cet article se propose de décrire l’état des connaissances actuelles sur les techniques qui pourraient permettre à l’homme de ressusciter une espèce disparue. Dans l’état actuel de nos connaissances, il est possible que nous n’arrivions jamais à véritablement ramener à la vie une espèce. En revanche, recréer des phénotypes similaires à ceux d’un ancien organismes pourrait rapidement devenir faisable. L’auteur présente donc trois technologies permettant de recréer un “équivalent écologique” dans un futur proche.
(1) Le rétrocroisement consiste à faire ré-émerger des traits ancestraux chez une espèce en utilisant des processus de sélection dirigée. On cherche alors à faire se reproduire des individus ayant le phénotype désiré. Cette approche, très proche de celles utilisées en agrobiologie, permet en effet de faire prévaloir un trait dans une population, mais elle atteint rapidement ses limites dans le champs de la dé-extinction. Premièrement, cela nécessite que le trait soit toujours présent dans les individus actuels. Deuxièmement, il ne peut y avoir aucune certitude que le phénotype obtenu repose sur le même génotype que celui de l'organisme que l'on cherche à reproduire. Enfin, cette méthode peut créer un fort taux de consanguinité dans les populations visées. Ce type d'approche est actuellement utilisée pour "ressusciter" l'auroch.
(2) Le clonage est une méthode où le noyau d'une cellule est injecté dans une cellule-oeuf énucléée d'une femelle vivante dans laquelle l'individu cloné se développera comme un embryon. Cette technique pourrait permettre de faire renaître un animal génétiquement identique à un ancêtre disparu. Néanmoins, elle requiert d'avoir à disposition un noyau intact d'une cellule d'un animal éteint. C'est le cas pour des espèces éteintes récemment. Cependant plus l’organisme est mort depuis longtemps, plus la dégradation de l’ADN rend difficile l’obtention d’une cellule en assez bon état. La question de l'organisme porteur de l'embryon est également délicate dans le cas où aucune espèce proche actuelle n'existe.
(3) L'ingénierie génétique est l'une des voies les plus prometteuses dans ce domaine et bénéficie des avancées en extraction d'ADN ancien et en édition génétique. L'idée derrière cette méthode est de reconstituer informatiquement l'ADN d'une espèce éteinte. On modifie ensuite in vitro les séquences génétiques d'une espèce vivante proche afin d'obtenir des cellules vivantes avec le génome d'une espèce disparue. À l'instar du clonage, une des difficultés majeures de cette technique est d'obtenir la séquence d'ADN ancienne. Néanmoins, il est possible ici d’utiliser l'information contenue dans plusieurs cellules différentes, facilitant d'autant la reconstruction du génome complet.
En conclusion, l'auteur rappelle qu'aucune technique présentée dans cette review n'aboutira à ramener sur Terre une espèce disparue. Même les clones reconstitués grâce aux deux dernières techniques mentionnées n'auront pas les mêmes gènes mitochondriaux, qui sont codés sur un génome différent de celui de l'organisme dans une cellule. De plus, les interactions gène-environnement seront forcément différentes de celles qu'ont connu les organismes éteints : ceux-ci passeront leur développement embryonnaire dans un hôte d’une espèce différente, n'auront pas la même flore microbienne, etc. Néanmoins, Beth Shapiro insiste sur le fait que la réplication exacte d'une espèce n'est pas nécessaire, et n'est même pas le but recherché dans les programmes de dé-extinction. Ici, on cherche à retrouver une espèce écologiquement similaire, pouvant remplir le même espace écologique qu'une espèce disparue. En cela, la dé-extinction est prometteuse et pourrait être une des clés du maintien de la biodiversité dans les épisodes de stress environnemental que subissent actuellement les écosystèmes.

Rigueur de la review

L’auteur de cet article a également écrit un ouvrage qui fait actuellement référence sur le sujet. Ses contributions dans le domaine de la dé-extinction font pour l’heure l’unanimité dans la communauté scientifique et ne sont pas remises en causes.

Remarques sur la review

Cette review, cruciale dans le cadre de notre controverse, fait l'état de l'art des techniques ACTUELLEMENT à notre disposition dans le domaine de la dé-extinction. L'auteur propose trois méthodes réalistes, et cite pour chacune ses points forts, ses inconvénients ainsi que des exemples d'utilisations ou des travaux en cours.

Publiée il y a plus de 2 ans par mcourcelle.
Dernière modification il y a plus de 2 ans.
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