Introduction à l'article

Anopheles gambiae est un Insecte Diptère de la famille des Culicidae autrement appelés moustiques. Il est le vecteur de la malaria également appelé paludisme, maladie qui constitue une menace majeure pour l'homme. Le développement d'un vaccin est lent alors que le parasite responsable de la maladie développe rapidement une résistance aux médicaments. C'est pourquoi le contrôle des populations de moustiques vecteurs est considéré comme la meilleure méthode pour réduire sa transmission. Des insecticides chimiques ont été utilisés comme de DDT ou des pyréthrinoïdes mais les moustiques ont développé une résistance à ces composés et ils présentent une toxicité contre les organismes non ciblés. Ces insecticides peuvent donc réduire le nombre de prédateurs des moustiques ce qui pourrait engendrer une augmentation de leurs populations. De plus en plus, on cherche à les remplacer par des moyens de lutte biologique notamment par la prédation de certaines espèces sur les moustiques.

Expériences de l'article

Le but de cette étude est de déterminer quels sont les espèces prédatrices des larves d'Anopheles gambiae s.l. Pour ce faire, les auteurs ont prélevé 330 prédateurs aquatiques de différents taxons dans 6 zones humides proches du lac Victoria au Kenya. Ces spécimens ont été tués et l'ADN contenu dans leur estomac et intestin a été extrait et amplifié par PCR afin d'identifier un potentiel ADN d'A. gambiae. Les deux familles de prédateurs dominants dans les zones humides ont été séparés en deux groupes afin d'évaluer l'influence du temps post-prélèvement sur la sensibilité de la PCR aux ADN de moustiques. Un groupe a donc été soumis a analyse immédiatement après le prélèvement alors que les autres spécimens ont été gardés en vie pendant 24h supplémentaires puis soumis aux analyses. Les PCR ont également été utilisées afin de déterminer quelle espèce du complexe Anopheles gambiae sensu lato avait été préférentiellement consommée.

Résultats de l'article

Les PCR ont permis d'identifier 164 ADN d'anophèle dont 162 appartiennent à l'espèce A. arabiensis (98,8%) et seulement 2 à A. gambiae (1,2%). Sur les 330 prédateurs aquatiques étudiés, 179 (54,2%) présentent de l'ADN d'anophèle dans leur système digestif. Parmi eux, se trouvent des Odonata (70,2% ont consommé des larves), Hemiptera (62,8%), Amphibia (41,7%) et Coléoptera (18%). L'influence du temps post-prélèvement sur la sensibilité de la PCR a été étudiée par régression linéaire. Il y a des différences significatives dans la détection d'ADN suivant si les spécimens sont tués juste après la collecte ou 24h après. En effet, après 24h, aucun ADN de moustique n'a été détecté. Ceci peut s'exprimer par le fait que la digestion des proies a pu se poursuivre pendant 24h et que la PCR n'est efficace pour détecter l'ADN de moustique dans l'estomac ou l'intestin que si ils ne sont pas encore digérés. Cette étude ouvre des possibilités de contrôle biologique des populations de moustiques.

Ce que cet article apporte au débat

Les moustiques du complexe Anopheles gambiae sont les vecteurs de la malaria qui touche beaucoup de personnes dans le monde. Les composés chimiques de lutte contre les moustiques ont engendré l'apparition de souches résistantes et, du fait de leur faible sélectivité, ont également touché d'autres espèces qui n'en n'étaient pas la cible avec des conséquences écologiques notables. Il est donc aujourd'hui nécessaire d'élaborer de nouveaux moyens de luttes en tenant compte de l'écologie de ces moustiques. A. arabiensis rentre dans le régime alimentaire de nombreux prédateurs appartenant à différents groupes comme des Odonata, Hemiptera, Coleoptera et même des Vertebrata : Amphibia. Le contrôle des populations de moustiques pourrait donc affecter ces prédateurs ne serait-ce par la diminution en nombre de leurs proies. Ces espèces pourrait donc être utilisées pour contrôler biologiquement les effectifs des populations de moustiques.

Publiée il y a environ 3 ans par F. Martin.
Dernière modification il y a environ 3 ans.
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