Les abeilles domestiques vont-elles disparaître ?



Cadre, focus et mise au point :

Les abeilles sont étroitement associées à l'agriculture : elles sont en effet impliquées dans la pollinisation de nombreuses espèces cultivées. Il semblerait que le nombre d'abeilles soit en forte baisse et, depuis plusieurs années, les médias parlent fréquemment de la disparition possible des abeilles et de ses conséquences dramatiques : qu'en dit la science ?

Qu'est ce qu'une abeille ?
Si on consulte les différentes éditions du dictionnaire de l'académie française on constate que la définition du terme abeille s'est considérablement précisée au cours du temps. La « Mouche à miel. » de la première édition s'est transformée, par l'incorporation de paramètres de classification biologique, en un « Insecte hyménoptère de la famille des Apidés qui, le plus souvent, vit en société et produit la cire et le miel. ». dans la neuvième édition (débutée en 1986).
La description conserve néanmoins une part d'imprécision (le plus souvent) et mentionne encore le miel, soit la fonction que lui attribue la société. Le problème devient plus évident en consultant la définition de miel dans la neuvième édition : « Substance sucrée, sirupeuse, que les abeilles élaborent avec le nectar qu'elles recueillent en butinant sur les fleurs. ».
Ces définitions illustrent la confusion française concernant ce qu'est une abeilles. L'appréciation de ce qu'est une abeille dépend de l'évaluation de ce qu'est le miel, miel dont la définition renvoie aux abeilles.
En revanche, l'abeille domestique européenne classique (espèce Apis mellifera), est bien identifiée et n'engendre pas de confusions (bien que d'autres espèces aient été domestiquées par l'homme). Il peut donc sembler préférable de restreindre le questionnement aux abeilles domestiques.

Questions initiales
Pourquoi et comment les abeilles domestiques sont elles menacées ? - Les abeilles sont elles menacées de façon uniforme dans le monde ? - Quelle est l'ampleur évaluable de la menace ? - Quelle serait la conséquence réelle d'une disparition de cette espèce (existe-t-il des pollinisateurs alternatifs) ?

P. Guille Escuret

La synthèse :

Globalement, les facteurs susceptibles de causer le déclin des abeilles sont nombreux. Le consensus scientifique postule que ce phénomène est multifactoriel. Il n'y a pas de "causes officielles" déterminées. La part de chaque facteur dans ce phénomène n'est pas déterminée. Parmi eux, le changement climatique (perte de biodiversité et changements de températures), les monocultures (perte de biodiversité, perte d'habitats, de flore sauvage qui constitue la nourriture des abeilles sauvages ou domestiques, simplification des paysages), pratiques apicoles (traitements, transhumances, croisements, échanges, etc), maladies (parasites, pathogènes comme le varroa ou la toque américaine), prédateurs (frelon asiatique), néonicotinoïdes et autres pesticides... Et on peut encore agrandir la liste avec d'autres choses.[1][2][3][4][5][6]. La littérature abonde dans ce sens, et le débat est largement médiatisé (par exemple : Le Monde, Le Parisien, Arte pour ne citer qu'eux).. L'IPBES (le GIEC de la biodiversité) a confirmé dernièrement le déclin des pollinisateurs en rappelant ces différentes causes possibles, il serait de 9% en Europe [7].

Cependant, des points positifs sont aussi soulignés dans la littérature : comme le suggère un autre article[4], le taux d'extinction d'espèces de pollinisateurs n'augmente plus. Cela peut-être interprété comme le fait que les populations ont tellement diminué qu'elles ne peuvent plus se réduire davantage. Mais si beaucoup d'espèces ont disparu – c'est indéniable – les espèces restantes ne seraient pas en danger d’extinction.
Sur les effets réels des pesticides (néonicotinoïdes entre autres) en champ : l'incertitude reste, les agences sanitaires n'ont pas pu déterminer de corrélation entre eux le déclin des abeilles [8], de même les différentes méta-analyses ne montrent pas d'effets prouvés en conditions réelles (et donc pas avec les doses de laboratoire) [9][10][11][12][13]. Les autorités compétentes ont même dit que ces pesticides sont moins toxiques pour les abeilles que ceux utilisés par le passé, en terme de balance bénéfices/risques : cela semble donc plutôt encourageant [14][15].

La médiatisation accrue du phénomène, associée à l'évidence scientifique, ont permis de mettre en place des législations protégeant les pollinisateurs, au niveau français mais aussi européen. Par exemple, l'application de la loi française de juin 2014 concernant l'interdiction de l'utilisation des pesticides dans les espaces verts et les collectivités publiques, qui devait s'appliquer en juin 2020, a été avancée à juin 2016.

Les prochaines études [16] permettront de déterminer si ces efforts permettent effectivement de protéger les abeilles domestiques, et si oui, si ils sont suffisants. En attendant, le sort des abeilles reste incertain.

T.Corneloup et al.
Cette synthèse se base sur 12 références analysées.
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